Plaidoyer pour l’esprit critique

Plaidoyer pour l’esprit critique

CONNAITREParce que gérer les Chevaux d’Arcand amène à se déplacer (beaucoup) et à rencontrer du monde (beaucoup aussi !), cela amène également à observer et s’interroger (énormément…) Mon observation du moment porte sur une notion essentielle et constitutive de tout être humain pour exister en tant que tel : l’esprit critique.

Pour savoir « de quoi on cause », rien ne vaut une définition n’est ce pas ? Mettons nous donc d’accord sur le concept :

Esprit critique, locution :

Qui examine attentivement les choses avant de porter un jugement ou faire un choix.

En général, faire preuve d’esprit critique c’est se montrer capable de remettre en question une opinion, un argument, une représentation du réel, une théorie, etc., en en questionnant la qualité intrinsèque (forme logique, rhétorique, richesse documentaire, résistance aux “faits”, etc.), la source (“fiabilité” ou autorité de la personne émettrice, média, institution, expert, organisme, etc.), ou encore l’extension (degré d’universalité), etc.

Non, non, non, avant de passer à la suite, prenez le temps de relire cette définition et de bien vous imprégner de son sens…

Esprit critique et relation au cheval

Rien à voir avec les chevaux ? Et pourtant… Quel meilleur guide pour recentrer nos décisions concernant l’essentiel : le cheval et plus précisément NOTRE cheval.

Car c’est bien lui qui nous préoccupe normalement, lui en tant qu’individu et non seulement en tant qu’espèce. N’oublions pas en effet que chaque membre d’une espèce est un être UNIQUE ayant une existence des besoins et des aptitudes qui lui sont propres.

Lui, qui est sensé être le filtre impitoyable au travers du quel nous allons TOUT disséquer, analyser et remettre en question. Que ce soient des idées, une méthode, un courant de pensée, n’importe quelle notion ancienne ou nouvelle en matière de soins aux chevaux ou d’équitation, quel meilleur arbitre sur ces sujets que NOTRE cheval ?

Lui pour qui, faisant l’effort de passer AU DESSUS de nos convictions et affinités personnelles nous allons nous poser ces questions :

– est ce cohérent ?

– est ce adapté aux chevaux ?

– est ce adapté à mon cheval ?

– est ce adapté à MON cheval MAINTENANT ?

– et surtout, suis je capable de poser un regard OBJECTIF sur mon cheval, nettoyé de toute pollution due à ce que j’ai entendu, lu ou ce en quoi je crois ?

Je nous invite à faire notre examen à nous même pour qu’en déplacement je ne vois plus de réformés de course se retrouvant sans transition au pré 24/24 à ne manger que de l’herbe, maigres, gelés, présentant problèmes de pieds/peau et desquels on va me dire : il détoxine, c’est normal. Redonner à ces chevaux la possibilité de bien vivre dans ces conditions se fait progressivement s’il vous plait ! Ces organismes sont tellement dénaturés qu’ils en sont désadaptés et que les conditions « naturelles » de vie sont pour eux un objectif à moyen/long terme selon leur état.

Pour que je n’entende plus à propos d’un frison de 2 ans « je ne comprends pas, il m’a mis par terre je l’ai pourtant acheté débourré et on me l’a vendu avec sa selle ». Ou est dans ce cas le minimum vital de curiosité pour l’animal que l’on vient d’acquérir ? Les informations argumentées sur la croissance et le travail d’un cheval ne sont pas tellement difficiles à trouver !

Pour que ne vois plus de cavaliers chercher des réponses « relationnelles » à des défenses dues à des douleurs et/ou à une équitation approximative et incompréhensible pour le cheval et là, je ne peux que constater les méfaits de la généralisation pourtant positive sous d’autres aspects de l’équitation dite « éthologique ».

Alors s’il vous plait, faisons preuve d’esprit critique et reconsidérons le cheval pour ce qu’il est. Un animal libre et sauvage, oui… mais nous récupérons souvent des chevaux domestiques dont le physique et le métabolisme sont bien abimés.

Un animal doué d’une finesse de perception extraordinairement subtile oui… mais aussi d’un corps soumis aux lois de l’équilibre et de la gravité s’appliquant à toute matière.

Ne partons pas dans ce que l’humain maîtrise le mieux : la conquête des extrêmes mais appliquons la précaution de Rudolf Steiner « Appliquer 7 points de vue à une même situation pour commencer à en voir la globalité » et une fois cette situation ainsi attentivement examinée, ses tenants et aboutissants connus et pesés, notre décision sera murie et ajustée à ce qu’a besoin NOTRE cheval A CE MOMENT PRECIS.

La voie du milieu

Nous pourrons alors cheminer en sages sur « La voie du milieu » chère à Confucius…

« Se tenir dans l’invariable milieu, oh ! C’est la plus haute perfection ! Peu d’hommes sont capables de la garder longtemps. Les hommes intelligents et éclairés vont au-delà, et les ignorants restent en deçà. La voie de la vertu n’est pas bien connue, je le sais. Les sages veulent trop faire, et les hommes ordinaires pas assez. C’est ainsi que tout homme boit et mange, et peu savent juger des saveurs. Chacun se vante d’être habile en affaires. On court précipitamment et l’on tombe au milieu des filets, des pièges et des fosses, à la manière des animaux sauvages, personne ne sait s’en échapper. De même, chacun dit : je connais parfaitement la voie de la vertu. On sait trouver l’Invariable Milieu, mais on n’y peut persévérer l’espace d’un mois.

Scruter les secrets les plus impénétrables, faire des choses extraordinaires pour être loué dans les siècles à venir, c’est ce que je ne veux pas. Le sage marche dans la voie de la vertu. Rester à moitié chemin, c’est ce que je ne puis faire. Le sage s’attache à l’Invariable Milieu. Si, fuyant le monde, il demeure inconnu, il n’en éprouve aucun regret. Le sage est seul capable d’arriver à cette perfection. La règle des actions du sage est d’un usage très étendu, et cependant elle reste en partie cachée. Les personnes les plus ignorantes, hommes ou femmes, peuvent parvenir à la connaître ; mais les plus grands sages eux-mêmes ne la connaissent pas dans toute son étendue. Les personnes les moins courageuses, hommes ou femmes, peuvent entreprendre de la suivre ; mais les plus grands sages eux-mêmes ne peuvent y conformer entièrement leur conduite. C’est ainsi que le Ciel et la Terre, malgré leur immensité, ne peuvent satisfaire pleinement les désirs des hommes.

Quand le sage expose les grands principes de l’Invariable Milieu, rien dans l’univers ne peut les contenir. Quand il en explique les principes particuliers, il n’est rien de plus subtil sous le ciel. L’Invariable Milieu se manifeste dans les régions les plus basses comme dans les plus élevées. La règle des actions du sage se trouve, quant à ses premiers principes, dans le cœur des personnes les plus vulgaires. Ses limites extrêmes atteignent celles du Ciel et de la Terre. »

Merci

Commentaires (4)

  • Laurent Lantuejoul Répondre

    Bonsoir,

    C’est par l’intermédiaire de François Dry que je suis arrivé sur votre page.
    J’ai cru lire que vous utilisiez des étriers K’vaLL. Si c’est le cas vous devez vous douter que j’ai un certain sens critique mais peu importe cela. Mon expérience avec les k’vall m’a fait rencontré nombre de cavaliers et je me suis rendu compte que nous n’avions pas tous les mêmes raisons concscientes ou non d’avoir eu envie un jour ou l’autre de monter sur le dos d’un cheval. Ces motivations personnelles, parfois secrétement enfouies, déterminent à mon avis, notre besoin de remise en question ou non.

    26 novembre 2014 à 19 h 10 min
    • Claire Vandenbulcke Répondre

      Bonjour Laurent,
      ravie de vous rencontrer, ne serait ce que virtuellement. Votre commentaire est fort intéressant car en effet ou s’arrête l’esprit critique et ou commence la remise en question ! Quoi qu’il en soit, ce sont deux notions distinctes et si déjà nous développions notre esprit critique, un grand pas serait fait. La remise en question sera peut être un des pas suivants ?

      27 novembre 2014 à 0 h 41 min
  • SCHNELL Répondre

    Bonjour Claire,
    Esprit critique tout un programme ! bravo pour cet article! j’aime votre démarche elle me parle bien ! j’ai moi même une jument aux pieds nus, une selle Barefoot et pas de mors !!! une jument au pré toute l’année, j’essaie au max de lui donner une condition de vie de cheval, remise en question constante, mais que du bonheur et de bons moments de partage ! En pleine reconversion professionnelle, je me dirige vers le Bien Etre Animal et c’est que du bonheur tout les jours de belles rencontres!!
    Cordialement
    Véronique

    17 décembre 2014 à 17 h 48 min
    • Les chevaux d'arcand Répondre

      Comme vous dites Véronique… tout un programme !! Bonne suite dans votre démarche, au plaisir de vous rencontrer un jour.

      18 décembre 2014 à 23 h 39 min

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