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SAUMUR… Retour sur les Rencontres de l’équitation de tradition française 2015 sur Le Rassembler

De retour de mon pèlerinage au sein de la vénérable institution. Ces deux jours furent riches en contrastes forts, violents même.

Enthousiasme.

De voir un amphithéâtre plein, de sentir toute l’attente et l’envie dégagée par cette assemblée pour aller vers une équitation plus juste.

De voir des intervenants de si grande qualité qui aient bien voulu prendre deux jours de leur précieux temps pour être là et soutenir la cause.

De retrouver l’ENE, les souvenirs des stages effectués là bas, de l’option voltige du BEES 1°, du positionnement instructorat, tous ces moments importants (aussi) de mon apprentissage équestre.

De sentir l’énergie de Saumur, si imprégnée de passé cavalier, comme si tous les noms de nos illustres écuyers disparus continuaient de résonner dans l’air de cette ville.

Consternation

rollkur matinal

Rollkur matinal…

De voir un cheval en rollkur sur la carrière d’honneur du cadre noir le vendredi matin en pleines rencontres de L’ETF… et de trouver sur les carrières et dans les manèges une équitation sans âme, quelque chose entre la technique brute et le sport mais vide de sens.

D’observer des réactions épidermiques des équitants face aux scientifiques venus partager leurs travaux sur la biomécanique et le comportement. Comment ne pas comprendre que ce que voient nos yeux n’est pas nécessairement ce qu’un dynamomètre ou un capteur de pression va voir mais que pour autant, les deux « mesures » sont justes et sont utiles pour s’enrichir mutuellement.

D’assister au cours de dressage des élèves instructeurs et de constater que c’est à qui raccourcira le plus l’encolure de son cheval.

De n’entendre parler du rassembler que du point de vue « cheval »… Comme si l’humain cavalier ne devait pas d’abord se rassembler. Rassembler ses connaissances, son corps, ses émotions, son énergie et ses forces d’âme… Un rassembler brillant suppose que l’humain se soit élevé au niveau « de ces sensations qui ont quand même élevé votre esprit au dessus des misères d’une vie humaine » disait N. Oliveira.

De ne voir quasiment aucun écuyer du cadre noir s’intéresser à ce colloque (exception faite d’Olivier Puls, chercheur insatiable).

De sentir que la vénérable institution se désacralise et devient une administration comme une autre.

Admiration

Galop rassemblé à gauche

Galop rassemblé à gauche

Pour Bernard Sachsé dont l’enseignement si juste des points de vue humain, équin et équestre m’a encore subjuguée.

Pour Bettina Drummond… comment décrire l’émotion ressentie face à cette personne longiligne qui dégage tellement de douceur et de puissance mêlées. Comment décrire son enseignement ? Une voix douce et posée qui égrène des conseils simples avec un à propos ahurissant, l’immense autorité naturelle conférée par la vraie douceur qui permet que cheval et cavalier s’exécutent sans heurts, une humilité et une gentillesse sincères qui en font une personne plus qu’abordable. J’ai assisté à toutes ses séances en ayant la sensation d’être foncièrement privilégiée… élève du Maître Oliveira, elle est celle qui à ce jour m’a le plus fait toucher du doigt ce qu’avait du être son enseignement

Pour Catherine Henriquet, si impliquée dans la cause malgré toutes les épreuves que la vie lui a imposé récemment, pour son courage et sa dignité.

Pour l’intervention de Jean Maurice Bonneau, franche, sans langue de bois, il a eu le mérite de soulever des questions de fond sur le présent et le futur de notre équitation.

Emotion

Appuyer au galop à droite

Appuyer au galop à droite

Lors du débat de clôture ou l’implication et l’inquiétude de chacun était palpable, ou tout le monde avait envie de croire à l’espoir. Ou le constat qui fait mal « l’équitation de tradition française est pratiquée dans le monde entier… mais nous l’avons perdue en France » tombe et interroge. Ou la question de la transmission est soulevée avec ses corollaires : quoi transmettre ? Comment ? Et à qui ?

Lors de la démonstration de Bernard Sachsé en selle, seul, dans le grand manège des écuyers. Illustration de la parfaite cohérence de son enseignement. Alliance visible de la technique et de l’âme, le résultat : un cheval parfaitement dressé physiquement et mentalement, sur lequel mon œil si critique n’avait RIEN à dire, une équitation d’une absolue légèreté, et surtout… cette faculté de toucher au cœur que possèdent tous les « grands », les maîtres, ceux qui ont réussi à transcender la technique pour entrer dans l’art. « Or l’art n’existe pas sans amour. Mais celui qui n’a pas la discipline nécessaire et qui ne possède pas la technique ne peut prétendre à l’art. L’art, c’est la sublimation de la technique par l’amour. » (N.Oliveira).

Et c’est bien cela la leçon magistrale de cette démonstration : aimer. Aimer le cheval en tant que tel pour s’en faire un ami, s’aimer suffisamment pour rebondir malgré les épreuves de la vie et dans le cas présent, nous parlons d’épreuves majeures, aimer l’humain malgré tout… la conséquence ? Des applaudissements qui ne s’arrêtent plus après la fin de la présentation, des larmes dans les yeux du public, des cœurs touchés par ce qu’ils viennent de recevoir.

Merci Monsieur Sachsé, pour cette leçon d’équitation, de rassembler, de courage de générosité… et de Vie.

Et puis… lui.

piaffer

Piaffer

Celui que Bernard Sachsé cite à la fin de son intervention comme étant l’élément majeur de sa reconstruction. Celui que je me retrouve à évoquer pendant de si longues minutes avec un parfait inconnu ayant été extrêmement régulièrement en stage chez lui, entretien dont je ressortirai en larmes tellement le ressenti de ce qui pouvait se passer là bas m’a été transmis de façon intense à ce moment là. Celui de qui Bettina me dira à la toute fin du colloque en gardant ma main dans les siennes « vous savez, le fantôme du maître était avec moi durant ces deux jours, il m’a inspirée ». Celui pour qui j’ai tant pleuré sans raison apparente lorsque enfant, j’ai appris sa mort. Celui dont Carlos Henriques Pereira dit qu’il avait atteint « un niveau tel qu’il ne rencontrait plus personne ». Celui que, sans m’en rendre compte j’ai cité tout au long de ces lignes…

Le Maître Nuno Oliveira.
Si présent… et si absent…

7 commentaires

  •    Répondre
    annie augis-billard 20 octobre 2015 at 11 h 05 min

    Toujours cavalière à 66 ans , j’en avais 20 lorsque je suis montée chez Maître Nuno Oliveira pour la première fois ….expérience d’autant plus inoubliable que j’ai eu l’honneur de monter son merveilleux Corsario. Nous nous sommes revus bien des fois ensuite et il est même venu animer un stage dans les écuries que mon mari et moi avions à l’époque . J’ai encore dans l’oreille le commentaire qu’il m’a fait (en roulant tous les R ) lorsque je lui ai présenté ma jument achetée dans une écurie de course : ” ChèRe amie, c’est tRès bien …..une jument ! ….et de puRR sang !” , car il avait aussi beaucoup d’humour , ce qu’on ne dit pas assez souvent .

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    je viens de lire pour la dixieme fois au moins et je pleure pour la dixieme fois

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    Juste un petit mot pour vous dire que vos commentaires me paraissent cohérents et que je les apprécie. En particulier sur l’importance de l’humain dans le rassembler, point qui a été volontairement mis de côté, mais que Sophie Biau et les pédagogues auraient pu aborder. Une inexactitude cependant : plusieurs écuyers étaient présents et ont participé en premier lieu l’écuyer en chef bien sûr, mais aussi Fabien Godelle et Mathieu van Landeghem avec un travail correct et délicat de ses jeunes sauteurs, Jean-jacques Boisson avec un enseignement plus orienté sport, et plusieurs écuyers qui sont venus voir…
    Je partage votre émotion concernant la démonstration de Bernard, mais le rôle d’animateur a certaines contraintes …
    Bien cordialement

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      Les chevaux d'arcand 20 octobre 2015 at 20 h 05 min

      Quel honneur Monsieur Maurel d’avoir un commentaire de votre part. Je me suis en effet mal exprimée par rapport aux écuyers du cadre. J’écris : “De ne voir quasiment aucun écuyer du cadre noir s’intéresser à ce colloque (exception faite d’Olivier Puls, chercheur insatiable).” Peut être aurais je dire “trop peu d’écuyers”. Quand au rôle d’animateur, vous y excellez.

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