les méthodes

SIRE travail d'abduction des postérieurs - fond

Le blog des Chevaux d'Arcand

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Réflexion sur les méthodes

C’est suite au stage organisé ici avec Sophie Daveau comme intervenante que je ressens le besoin d’écrire cet article. Sophie a commencé comme souvent le font les intervenants par un peu de théorie co-animée avec Aurore Fougeray. Et c’et en entendant pourtant pour la énième fois les 4 fondement de l’éthogramme des chevaux que d’un coup mon cerveau fait tilt…

Les chevaux sont par nature :

  • Herbivores stricts
  • Proies ayant choisi comme stratégie de survie la fuite et le groupe
  • Sociaux/grégaires (donc ayant un système de communication élaboré)
  • Nomades ayant physiologiquement BESOIN de mouvement lent et continu

Et c’est là que ça pique (voir la suite ^^). Personnellement, j’ai toujours cherché à intégrer l’éthique dans mon travail avec les chevaux et plus largement dans tous mes rapports avec eux. Instinctivement je n’ai jamais apprécié les méthodes ou le cheval se retrouve souvent (tout le temps ?) en cercle autour de nous, soit dans un rond de longe, soit au bout d’une corde (plus ou moins longue). Je ne me suis jamais très bien sentie non plus dans les approches qui demandent beaucoup d’apprentissage en statique.

Je précise que je parle en connaissance de cause car j’ai essayé ces approches au fur et à mesure qu’elles arrivaient en France. C’est parce que je les ai vécues de l’intérieur que j’ai pu vérifier qu’elles ne me convenaient tout simplement pas. Instinctivement pas.

MAIS POURQUOI ?

Parce que bien avant d’avoir rencontré l’éthologie (dans sa définition : la science du comportement), d’avoir lu un nombre certain d’études sur les chevaux en milieu naturel et en milieu domestique, d’avoir rencontré Martine Hausberger et d’avoir échangé avec nombres de titulaires du DU éthologie du cheval, j’ai toujours senti le mal-être des chevaux travaillés ainsi.

Aujourd’hui, les liens se font et tout s’explique. Ces méthodes ne sont tout simplement pas compatibles avec les bases de l’éthogramme équin.

REGARDONS DE PLUS PRÈS…

Pour déjà simplifier un peu, nous allons partir du postulat que les 4 bases sont respectées en terme d’alimentation et hébergement du cheval : il a donc accès à une nourriture fibreuse à volonté, vit dans un groupe dans lequel il se sent bien et dans un environnement assez grand et stimulant pour avoir envie de bouger 15h/24. (Déjà là, ce n’est pas si courant !).

Les besoins essentiels étant dans ce cas couverts dans la vie du cheval, interrogeons nous maintenant sur : comment les respecter également lors des interactions avec l’humain ?

C’EST TRÈS SIMPLE !

sire epaule en dedansA nous de choisir des méthodes/approches qui :

  • Ne font PAS appel à l’item proie. Exit donc toutes les actions ou l’on va chasser le cheval d’une façon ou d’une autre à l’aide de cordes qui tournent, chambrières, stick, etc. D’autant plus si c’est sur un cercle. On a tendance à oublier qu’il est extrêmement difficile pour un cheval bien mis de se tenir incurvé et en équilibre sur un cercle, imaginez pour un poulain… Pour couronner le tout, le cercle est plutôt anxiogène pour le cheval, il est dans ce cas une fuite sans possibilité de se mettre à la distance qu’il jugerait sécuritaire.
  • Respectent le fait que le cheval est un animal social et grégaire. Donc pas d’isolement dans une aire de travail sans vue sur les copains tant que le cheval n’est pas prêt à bien le vivre.
  • Respectent de son statut d’animal communiquant. Il me semble que c’est un minimum pour tout professionnel ou même propriétaire de cheval d’apprendre à lire les observables de bien et de mal être ! Je croise vraiment trop peu de personnes qui aient une lecture juste du cheval, je suis confrontée aux observations empiriques, aux mythes équestres qui ont la vie dure (ex : le cheval mâchouille : c’est qu’il a compris…) aux conclusions complètement anthropomorphisées… bref, il y a encore une belle marge de progression sur le sujet.

claire et chipieJ’ajouterais même si l’on veut rester le plus éthique possible, éviter d’utiliser avec les chevaux un langage qui n’est pas le leur.

On a deux choix finalement face à un cheval : soit lui apprendre une langue que NOUS avons décidé :

  • Ordres uniquement à la voix sans cohérence avec la posture et l’état émotionnel, super pour une espèce dont 80% de la communication est non verbale.
  • Ordres appris grâce à la récompense alimentaire. C’est vrai que d’une, voit on régulièrement les chevaux s’offrir entre eux des bouts de carottes ? De deux, les relations nécessitant un tiers (ici la nourriture) sont elles réellement des relations ?
  • Ordres appris sous la contrainte, comme si les chevaux étaient des tyrans entre eux ! Et comme si c’était un mode d’apprentissage compatible avec la cognition du cheval…

Soit passer par ses modes de communication (et globalement comme le rappelle Sophie, les modes qui sont relativement communs à tous les mammifères) qui sont la communication corporelle et la maîtrise de l’intention.

Le cheval ne vous prendra jamais pour un cheval, bien sûr mais d’une il est prouvé qu’ils lisent à la perfection d’autres espèces que la leur, de deux, il vous sera reconnaissant de faire un effort pour aller vers son monde !

  • Respectent leur envie et leur besoin de mouvement. Et c’est là qu’il faut être attentif, nous parlons de mouvement, pas de fuite… C’est une immense gageure pour tout professionnel de réussir à dissocier ces deux concepts dans la tête du cheval. Qu’il réussisse à s’approprier le mouvement pour le plaisir du mouvement et ne plus lier mouvement avec fuite (surtout lorsqu’on monte dans les allures). Et là, on a très souvent les deux extrêmes : soit des chevaux qui ne sont certes pas en fuite mais pas non plus dans une impulsion suffisante pour fonctionner. Les propriétaires m’appellent alors en me disant que leur cheval fait absolument tout mais sans motivation. Soit des chevaux qui sont très toniques, pas de problème pour avancer mais jamais sereins et là on m’appelle en me disant que c’est difficile d’avoir un contact sympa dans les rênes, que les balades c’est la galère, que ça charge à l’obstacle, autant de critères qui indiquent qu’il y a mouvement oui, mais associé à la fuite.

SIRE travail d'abduction des postérieurs - fond

Respecter le mouvement donc cela implique à mon sens d’éviter les méthodes qui   demandent de longs temps d’apprentissage en statique (souvent le clicker, ou le bauchérisme extrême), respecter le fait que le cheval est d’abord fait pour la ligne droite (le cercle est un apprentissage à part entière), respecter le fait que le cheval apprend par et pour le mouvement (décomposer autant qu’il faut pour que le cheval s’approprie tous les gestes et se sente bien dedans)

Je rajouterais également que du à son statut de nomade, le cheval est un animal curieux (donc oui, il tourne vite en rond dans son pré carré). A nous donc de mener son apprentissage de façon non répétitive, de manière à satisfaire cette soif de     nouveauté et garder en lui intacte l’envie de l’interaction avec l’humain.

ET POURTANT…

D’une part, cela marche. Les méthodes qui chassent, apprennent en statique, contraignent ou passent par des moyens de communication décidés par l’humain fonctionnent. Même très bien des fois. Ce n’est qu’en regardant le cheval avec un œil averti que l’on pourra observer les signes de mal-être qui disent que non… C’est beau sur la forme mais pas juste dans le fond.

D’autre part, je cite mon premier instructeur qui disait : « Avec les chevaux, il n’y a pas d’habitudes. » j’ai pu vérifier des milliers de fois combien cette petite phrase était importante et utile car il n’y a pas d’absolu en équitation. Donc, en toute conscience de tout ce que j’ai écrit au dessus, il peut m’arriver très exceptionnellement, ponctuellement et si la situation l’exige d’utiliser la nourriture comme renforcement (chevaux craintifs, hypersensibles ou.. apprentissage de la jambette !), de contraindre (en cas d’urgence ou de danger avec un cheval non encore à l’écoute), de travailler en statique un moment (flexions, stretching, étirements, conscientisations corporelles diverses), de mettre le cheval en cercle (en veillant à ce qu’il le prenne comme une idée et pas comme un « chassage » de ma part ET en adaptant à l’équilibre qu’il est capable d’avoir), bref… en conscience.

Pour finir je dirais que comme d’habitude, à nous de trouver la voie du milieu, celle qui n’est ni la voie « classique FFE» ni la voie « éthomagique ». Celle qui consiste à s’instruire, chercher à comprendre, écouter ces incroyables partenaires. Celle que bien avant nous les vrais écuyers ont empruntée : La voie des chevaux.

8 commentaires

  •    Répondre

    Très vrai et très juste. Même avec “”exceptionnellement, occasionnellement…””, nous ne sommes pas parfais, enfin je le suis pas. Bravo et merci.

  •    Répondre

    Je suis vraiment contente d’avoir trouvé votre blog, car à chaque fois que je vous lis, j’ai l’impression qu’enfin quelqu’un arrive à mettre des mots sur ce que j’ai ressenti dans de nombreuses expériences, et qui m’ont “marginalisée” aux yeux des personnes de cheval que je connaissais. Merci vraiment. Peut être qu’à force de vous lire et relire je trouverai la confiance, l’assurance pour reprendre le travail avec mes chevaux ? A moins que j’arrive à venir vous voir en chair et en os !

  •    Répondre

    Merci beaucoup pour cet article! Je suis encore en questionnement suite à ce stage autour de la pratique du cercle. Comment expliquer qu’il soit autant utilisé et préconisé par des écuyers (y compris classique/traditionnelle non fédérale)? héritage historique ?

    •    Répondre
      Les chevaux d'arcand 10 juillet 2017 at 13 h 40 min

      Il est utile et préconisable pour plein de raisons 🙂 Ces écuyers étaient/sont capables d’apprendre à un cheval à exécuter correctement un cercle, et non à le chasser dessus en lui disant débrouille toi 😉

  •    Répondre

    J’aime beaucoup “à nous de trouver la voie du milieu” qui permet d’avancer sans culpabiliser à la manière du colibri “chacun fait sa part” ;-).

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