Le cheval EST mouvement

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Le mouvement… en avant ?

Avance !… Il n’est pas en avant !… Il n’est pas dans l’impulsion !… Avance !…

Aaaaah le mouvement !

Un vrai dossier cette notion là. Le cavalier le veut « vers l’avant », ample, énergique, harmonieux si possible, oui : mais de quel mouvement parle-t-on ?

Le cheval EST mouvement

Le cheval EST mouvement

Car il n’y a pas UN mouvement mais DES mouvements incluant plus ou moins d’énergie, d’équilibre, d’énergie cinétique aussi. Des mouvements pour lesquels on peut s’adresser à toutes les différentes couches musculaires du cheval, des plus périphériques aux plus profondes. Pour lesquels on peut mobiliser différents états d’esprit du cheval pour jouer sur sa tension musculaire. C’est un monde vaste le mouvement des chevaux, une vraie planète à explorer… mais c’est aussi leur essence car ne l’oublions pas : les chevaux vivent pour et par le mouvement. Leur physiologie, leur santé physique et mentale, leur mode de communication, tout dépend du mouvement, c’est leur langage dans ce monde.

Rappels…

Mais reprenons au début. Comment le cheval s’exprime-t-il dans le mouvement, le cheval « sauvage » déjà. Pour lui, la majorité du mouvement produit sera lent et constant, dans une position tête basse : ce sera le temps de nourrissage un pas après l’autre en broutant, 15 heure par jour au moins… Un mouvement utilitaire, machinal très économique en énergie car son but est d’en ingérer, de l’énergie, pas d’en dépenser. A cela vont se rajouter quelques mouvements liés aux interactions sociales, plus ou moins rapides et intenses selon ce que le cheval devra exprimer à ce moment là et éventuellement des temps de mouvements « fuite » tête haute si un danger réel ou supposé est identifié. Ces mouvements de fuite faisant appel à la vitesse et à la mise en stress plus ou moins intense de tous les systèmes physiologiques du cheval. Ils sont excessivement énergivores et, peut être est il bon de le rappeler : le cheval ne recherche de lui même absolument pas ce genre d’état.

Quid du cheval domestique ensuite ? Ce dernier s’exprimera dans le mouvement à hauteur de ce qu’on lui laissera comme possibilité pour le faire… cela dépendra donc des conditions d’hébergement, de l’organisation du travail et autres sorties. Ce qui peut amener le cheval par moment à outrepasser ses possibilités physique (et par là même à se blesser) si il essaie de manière explosive de « rattraper » le temps de mouvement perdu par exemple lors du cas d’une détention en boxe. Tout comme un cheval ayant passé la journée au vent un jour de pluie froide retiendra ses mouvements car ses muscles ne seront pas à l’optimum de leurs capacités. Je précise que le but de cette réflexion n’est absolument pas de comparer les modes d’hébergements mais de constater ce qu’ils peuvent modifier par rapport au sujet qui nous intéresse ici : quel mouvement cherche-t-on.

Mouvement donc…

Dans cette recherche de mouvement, chacun son Graal, je ne peux que vous livrer le mien, sans prétendre à aucun moment détenir une vérité absolue. Je pars du principe dans les lignes qui suivent que l’humain, à pied ou monté est conscient, centré et fonctionne parfaitement dans une posture juste.

Les ingrédients de mon Graal personnel sont :

La légèreté

La légèreté qui nous impose de toujours commencer nos phrases par les aides les plus fines, les aides de mains et de jambes étant déjà des aides fortes

La légèreté qui nous impose de toujours commencer nos phrases par les aides les plus fines, les aides de mains et de jambes étant déjà des aides fortes

Pas celle des rênes en guirlandes ni celle des chevaux apparemment légers mais en fait bloqués quelques millimètres trop hauts dans leur encolure par rapport à la position de leur dos par des mains habiles et rusées. Ces chevaux là présentent une mise en main souvent jolie mais jamais une organisation musculaire harmonieuse dans tout leur corps et encore moins un esprit détendu à toutes les allures, on peut le lire dans leurs yeux si l’on a un doute…

Non, la légèreté de la liberté. Celle qui ne s’enferme pas dans une méthode ou une habitude. Celle qui permet de rester à l’écoute du cheval pour lui apporter à chaque fois la réponse juste à sa question du moment, l’argument valable sur le sujet de discussion qu’il propose ou d’initier un débat qui va relancer son intérêt. La légèreté qui a conscience de l’infinie sensibilité du cheval et qui nous impose de toujours commencer nos phrases par les aides les plus fines, les aides de mains et de jambes étant déjà des aides fortes.

La légèreté comme préalable, pas comme conclusion.

L’équilibre

Proposer au cheval des mouvementsDerrière ce mot, je ne cherche en fait qu’à proposer au cheval des mouvements dans lesquels il a LE TEMPS de garder son centre de gravité entre ses quatre pieds car je ne le bouscule pas. Et non, le cheval ne tombe pas si son centre de gravité n’est pas entre ses pieds : il se déplace en déséquilibre, c’est tout.

On pense majoritairement au déséquilibre vers l’avant qui amène poids dans les rênes et cheval qui court. Mais il existe aussi les déséquilibre latéraux, je constate fréquemment par exemple dans les épaules en dedans que les chevaux vont trop vite vers leur côté extérieur au pli. Les déséquilibres diagonaux, très préjudiciables pour avoir des changements de direction fluides ou une rectitude convenable (entre autres…). Et de mon point de vue, on ne met pas le cheval en équilibre… on lui propose juste d’y rester. Car les chevaux ne sont pas fous ! Ils n’aiment rien de plus que de se sentir parfaitement à l’aise dans leur mouvement.

La cadence

SA cadence lui permettant de rester serein et de travailler avec des muscles au maximum de leur longueur

SA cadence lui permettant de rester serein et de travailler avec des muscles au maximum de leur longueur

Ou dans un premier temps le Rythme dans sa définition : temps régulier et harmonieux des appuis et des gestes du cheval qui peut devenir cadence lorsque l’impulsion est manifeste. Cette cadence est CAPITALE. Elle est propre à chaque cheval, ce qui suppose d’être capable de sentir dans quelle cadence chacun doit être travaillé puis d’avoir l’auto discipline nécessaire pour la conserver en nous avec la régularité d’un métronome.

Pourquoi est-elle capitale ? Parce qu’un cheval travaillé en dessous de sa cadence n’aura pas le degré de tonicité musculaire, tendineux, ligamentaire, articulaire pour tendre son corps suffisamment pour porter. A l’inverse, un cheval travaillé au dessus de sa cadence exprimera trop de tension, donc une rigidité incompatible avec un esprit calme et un corps délié. Il n’y a que dans SA cadence régulière qu’il va pouvoir garder un rythme circulatoire et respiratoire régulier, lui permettant de rester serein et de travailler avec des muscles au maximum de leur longueur.

Je constate très souvent actuellement qu’au nom du sacro-saint mouvement en avant, les chevaux sont travaillés au dessus de leur cadence naturelle. Les gestes ainsi produits peuvent donc sembler plus brillants car cette cadence accrue donne plus d’énergie cinétique au mouvement et donc apparemment plus d’amplitude. On retrouve malheureusement cette illusion sur beaucoup de chevaux de dressage de compétition actuels avec le corollaire de conséquences qui vont avec : rigidité, allures mécaniques, déséquilibre, observables de mal être dus aux conflits articulaires et musculaires provoqués dans le corps du cheval et évidemment un état d’esprit tout sauf calme.

La disposition mentale, clef d’une énergie utile

Me mettre dans la peau d'une toute petite souris

Me mettre dans la peau d’une toute petite souris…

Étrange n’est ce pas ? Pourtant, comme pour la cadence, chaque cheval a (et pour chaque moment de son apprentissage) besoin que l’on sache proposer une ambiance de travail propice au degré de mouvement qu’il peut donner. Je peux ainsi sur un cheval « dangereux » me mettre dans la peau d’une toute petite souris essayant de ramener le plus discrètement du monde un morceau de fromage chez elle en devant passer devant les moustaches du matou de la maison. Sur un poulain timide me transformer en un nuage léger et immense d’empathie et de bienveillance. Sur un cheval puissant être un menhir, stable autant physiquement et émotionnellement, inébranlable quel que soient les évènements extérieurs avec aucune autre émotion que la tranquille stabilité. Sur un cheval qui est au stade de commencer à pouvoir fléchir les hanches, je m’invente des combats de dragons ou des face à face avec les taureaux dans l‘arène (et non je ne suis pas pro-corrida…).

De mon point de vue, c’est cette ambiance que l’on va installer, cette disposition mentale dans laquelle on va se glisser qui va indiquer au cheval quelle énergie il doit trouver pour pouvoir exécuter le mouvement proposé sans que l’on ait besoin d’avoir recours à des aides fortes, qu’elles soient naturelles ou artificielles. C’est aussi ce qui va lui rendre l’interaction « travail » légère et ludique, qui va faire qu’il s’y sentira bien, voire qu’il la recherchera.

Le but de tout cela ?

La conscience… What else ? Celle du cheval bien sur (rappelez vous, on partait du préalable d’un humain conscient, centré et fonctionnant parfaitement dans une posture juste tout à l’heure).

Pourquoi donner la conscience de ses mouvements à un cheval… pour lui donner le choix. Le choix de séparer dans son archétype le plus profond le mouvement et la fuite. Car un cheval beau à regarder, brillant, ample, heureux de bouger et capable de toucher ceux qui le regardent au plus profond d’eux mêmes par son charisme est un cheval à qui on a donné les moyens de faire ce choix.

le mouvement proposé et construit PAR le cheval

Le mouvement proposé et construit PAR le cheval

Cette conscience lui donne aussi l’autonomie, car sur un cheval qui a fait le choix du mouvement conscient, il suffit de proposer l’équilibre et l’énergie nécessaires au mouvement envisagé. C’est lui et lui seul qui proposera en réponse la transition, la figure ou autre travail latéral. Ce mouvement proposé est construit PAR le cheval lui même qui a pris le temps de comprendre dans son corps comment il pouvait s’organiser pour le faire… La sensation pour le cheval et le cavalier est très loin des mouvements contraints, même finement contraints…

Une interaction juste avec l’humain peut produire cela et donner au cheval la possibilité d’expérimenter la joie du mouvement pour le mouvement, sans que son instinct le ramène instantanément dans l’association « je bouge avec énergie=je fuis », équation gravée au plus profond de ses cellules depuis la nuit des temps et que l’on a malheureusement tendance à contrer par « bouge en dessous de ton énergie ».

Ce but de libérer le cheval de sa peur est ambitieux et passionnant mais demande à l’humain qui le poursuit d’aller se libérer de sa propre peur

Et ça, je préférais vous le dire avant… avant que vous ne pensiez que c’est un but facile à atteindre 🙂

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